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Dominique Pipon, dans le travail, est un vrai monsieur, très sérieux. Il l’est un peu moins dans l’écriture, et c’est tant mieux. Il commence sur un sujet grave, et soudain, sans crier gare, il part en vrille. On s’étonne, on revient quelques pages en arrière, si si, c’est bien le même homme qui parle.
Dans « Droitier contrarié », tout commence par un drame : accident de voiture. Et le narrateur se retrouve manchot. Mais Dominique Pipon vagabonde tranquillement entre le tragique et le comique. Dès lors sa truculence, sa gourmandise des mots, des mots et des situations, m’évoquent un autre grand manchot grand gourmand : Grimod de la Reynière.
Tout au long de son livre, Pipon mord dans la vie et la rééducation, comme Grimod dans une gélinotte ou un Saint Honoré lors d’un dîner philosophique. Pipon et Grimod de la Reynière, deux gourmands à la main de fer. Le style est clair, enjoué, brillant. Plein d’humour.
Dans « Petit-Hiver », qu’il revendique autobiographique, Dominique Pipon se met encore en scène : il tourne le dos à sa famille intégriste. L’histoire, je vous laisse la découvrir. Un livre drôle, qui a des retours d’adolescence, des élans de grand garçon dégingandé qui annoncent la droiture de la maturité saine. De l’honnêteté. Le lecteur s’étonne, se questionne, s’emballe, s’esclaffe, dévore et adore.
Dans le même registre, Dominique Pipon nous offre aussi une pièce de théâtre : « Bavards contrariés », désopilant. Un recueil de nouvelles : « Parallères », décontenançant. Un autre roman : « Secrets d’enfance », l’histoire dramatique d’un enfant juif recueilli par des catho délateurs. Et puis « Bats-toi », la saga d’une famille rwandaise après le génocide de 1994.
Le style est toujours brillant. L’histoire, souvent, campe dans un imaginaire rocambolesque, sur fond de gravité et sincérité qui titillent la douleur. On voudrait connaître ce Dominique, car d’emblée il est l’ami du lecteur.
Alors on se demande pourquoi on ne peut pas acheter ces livres à la librairie du coin, comme on achète une baguette de pain, chaude et croustillante, chez le boulanger d’en bas. Parce que le libraire ne les a pas, ces très bons livres, ni en vitrine, ni sur les étagères… Ces livres ne sont pas au registre du plaisir immédiat, ils se commandent. Alors, un conseil : faites comme moi, je me suis approvisionnée directement auprès de Dominique Pipon. La grâce d’une dédicace en plus.
Marie Guichard
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